Traversée des Andes – épisode 4

L’après-midi, le vent forcit. On nous a indiqué une mine à proximité du salar de l’homme mort, où un container pourrait abriter notre nuit. Au plus fort des rafales, Grégoire s’arrête pour mesurer la vitesse du vent : 108km/h.
Nous longeons un cours d’eau et traversons une belle vallée ; au détour d’un canyon nous voyons se dessiner le profil de deux ânes et d’un homme qui les suit. Vision improbable dans ce désert. Qui est-ce ? Un voyageur ? Que fait-il si loin de tout ?
Des névés nous obligent à sortir de la piste plusieurs fois ; nous devons quitter les motos pour chercher par où passer… Quelques 30 km après l’un de ces arrêts, nous nous rendons compte que l’outre a disparu. Nous nous arrêtons à côté d’un apacheta. Il s’agit d’un monument de pierre dédié à la Pachama, la déesse de la terre. Les voyageurs y déposent une pierre, quelques feuilles de coca, une cigarette ou une bouteille de vin vide, une photo… Grégoire décide de faire demi-tour pour aller chercher l’outre. Il y va seul pour aller plus vite et pour économiser de l’essence : nous sommes “tout juste” et savons que la Chica s’est mise à consommer beaucoup.

Sur le chemin, le muletier adresse de grands signes à Grégoire. Pressé par le temps, il s’arrête quand même. Un homme de 60 ans, sans gants, enveloppé dans une écharpe, les mains et le visage burinés et marqués par le vent glacial lui fait comprendre qu’il n’arrive pas à rattraper ses mules. Il monte à l’arrière de la moto, et une fois proche des mules, en saute et court pour aller les chercher. Grégoire continue son chemin et retrouve enfin l’outre – sans un seul accroc malgré la chute. Demi-tour pour retrouver Cathy. En route, il voit le muletier, ses deux mules attachées, en train de savourer une pause longtemps attendue.

Pendant ce temps (entre 60 et 70 km de piste), Cathy est restée seule avec la Pachama et le vent. Elle se met en quête d’un endroit abrité pour passer la nuit au cas où la recherche de l’outre prendrait beaucoup de temps. Avec l’altitude, le souffle est court – difficile de gravir le mont pour aller voir derrière s’il y a des pierres, un refuge ou quoi que ce soit qui pourrait nous protéger. Le temps passe, et le moulin à inquiétudes se met en marche : pourvu que Grégoire revienne vite ! C’est que, depuis l’accident et pour soulager en poids la moto de Cathy, il porte presque tout sur sa mule : l’eau, la nourriture, la tente (et les bonnets !). C’est donc avec soulagement qu’au retour elle voit qu’il y a 2 motos autour de l’apacheta.

Nous nous remettons vite en route et atteignons le salar de l’homme mort. Le jour va bientôt tomber et nous devons trouver où dormir. Sans atteindre la mine et le container (en fait, nous nous rendrons compte le lendemain qu’il s’agit d’un container de l’armée ou de la gendarmerie), nous avisons bientôt une maison abandonnée : c’est une ancienne usine de traitement du sel. Elle n’a pas de toit, pas de porte et pas de fenêtre, mais elle nous abritera un peu du vent. Nous y rentrons les motos et y “plantons” la tente. Cathy trouve un peu plus loin une maison fermée et quelques buches : nous passons la soirée auprès d’un bon feu de bois. Cela nous vaut quand même une petite frayeur : au moment où Grégoire lance le réchaud à essence pour faire chauffer les pâtes, les carreaux du carrelage de la maison explosent sous l’effet de la chaleur ! Cette nuit là, nous expérimentons la tente : pas froid !! Pourtant, il fait -14° le matin au thermomètre accroché à la mule. Il a sans doute fait entre -20 et -25 dehors au coeur de la nuit…. Un signe qui ne trompe pas : l’eau gelait instantanément sur la vaisselle avant qu’on ait le temps de l’essuyer !

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