Terre de feu – à la recherche des pingouins de magellan

2014-01-18 De Punta Arenas a Puerto Yartou 16518 et 19 janvier – A nous la Terre de feu ! Cathy laisse sa moto à Punta Arenas pour que son épaule se repose : la descente du Chili a été éprouvante pour les muscles, et le vent et le froid humide n’arrangent rien.

Le ferry nous amène à l’ouest de l’île. Porvenir et sa région sont surtout peuplées par des immigrants croates venus ici chercher de l’or. La Terre de feu, c’est aussi la terre du pétrole, et la steppe qui recouvre la plus grande partie du territoire permet l’élevage de vaches. Perdues dans l’immensité, des fermes gigantesques se partagent l’espace, et lorsque sur notre carte routière nous lisons le nom de ce qui nous semble être un village, ce ne sont en réalité que deux ou trois maisons, parfois abandonnées. Depuis Porvenir, nous avançons donc en autonomie complète pour l’essence et la nourriture. Et même si nous n’avons jamais croisé autant de motos que sur le ferry et à Ushuaia, une fois sortis de la route qui mène directement à Ushuaia, il n’y a absolument personne.

Il faut dire que les pistes sont parfois petites. Très petites.

Des pingouins rois nous accueillent dans une colonie protégée. Ils sont à la fois touchants et désopilants ; un peu plus petits que les pingouins empereurs de l’Antarctique, ils en ont les couleurs orange et jaune. Ils partagent aussi avec eux une sorte de majesté lorsqu’ils sont immobiles. Mais qu’ils bougent ou qu’ils chantent, et c’est alors un spectacle qui nous arracherait presque des larmes de rire.

C’est la période de nidification : tous les ans, le couple revient pour retrouver son nid, couver un ou deux œufs et nourrir les petits le temps de pouvoir reprendre le large. Nous entendons chanter celui du couple qui est resté sur terre pour appeler celui qui est parti en mer pour pêcher et ramener de la nourriture. Sur la video, entre les chants et les disputes, on dirait une audition pour trouver le prochain ténor qui fera la vedette d’un opéra.

On imagine aussi des dialogues :

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« Hola ! »

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« ça va pas ? T’es malade ? »

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« Fiche-moi la paix »

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Nous partons ensuite à la recherche d’une colonie de pingouins de magellan qui nicherait du côté de Puerto Yartou. Il n’y a dans cette région que des pistes, et celle qui nous emmène à Puerto Yartou se termine par un chemin plutôt défoncé. Plus nous avançons, plus le nombre d’animaux augmente. Côté mer, nous voyons des cormorans et des dauphins, qui sont ici noir et blanc. Tout en force et en grâce, ils sautent, font la course, jouent ensemble et surfent dans les vagues. Côté terre, flamants roses, canards, oies, nandous, renards et guanacos peuplent la désolation de la terre de feu. Les guanacos, quand ils ne paissent pas paisiblement, courent le long de la piste en accompagnant la moto, la traversent, ou sautent les barrières qui délimitent les grandes domaines fermiers. Ici et plus à l’intérieur de l’île, nous en verrons des centaines : depuis que les Selk’nam (la population qui vivait ici avant l’arrivée des colons) ne les chassent plus, ils n’ont plus de prédateur. Le responsable d’une scierie nous explique qu’ils sont même devenu des compétiteurs pour les vaches en ce qui concerne l’herbe !! Des campagnes de chasse sont donc organisées pour réguler le nombre de guanacos et laisser une chance aux éleveurs et à leurs vaches.

2014-01-18 De Punta Arenas a Puerto Yartou 120Sur le chemin, trouvons un jeune guanaco lamentablement pendu par une patte à un fil barbelé dont il n’arrive pas à se dégager : il a dû manquer son saut, et se retrouve ensanglanté, une partie du corps en arrière du fil de fer. Pour l’aider, Grégoire coupe le barbelé. Le jeune se sauve, mais saigne beaucoup et quelques mètres plus loin il se laisse tomber. Ne pouvant rien faire de plus et comme il s’agite lorsque nous approchons et perd alors encore plus de sang, nous continuons notre chemin, en espérant qu’il se remettra. Le paysage de steppe a laissé place à une forêt. Comme si nous étions dans un Walt Disney, nous voyons souvent se dessiner la silhouette solitaire d’un guanaco : dans une clairière, puis sur une crête, dans un virage au loin … serait-ce l’esprit de la forêt ? Le roi des guanacos qui nous remercie ? En tous cas, nous nous sentons accompagnés.

2014-01-19 P Yartou a Tolhuin 002La piste est de plus en plus défoncée, et même si le jour dure ici jusqu’à 22h30, il fait bientôt nuit. Point de pingouin pour le moment, et comme il ne s’agit pas d’une colonie protégée, nous n’avons pas d’indication précise sur l’endroit où la trouver. Nous bivouaquons dans un endroit parfait : le bois sec ne manque pas et nous faisons sans problème un grand feu. Les arbres nous abritent du vent, il ne fait pas très froid et il ne pleut pas. Le lendemain, nous faisons demi-tour, un peu dépités de ne pas avoir trouvé les pingouins de magellan. Mais Grégoire a une intuition : la veille, il a vu une île et il se dit que les pingouins doivent aimer ce lieu. Un peu de marche à pied derrière les dunes, d’escalade de rochers, et nous trouvons les pingouins. Fouettés par les embruns, à plat ventre sur un rocher, nous les admirons plonger et remonter sur leur rocher. Le chemin du retour nous apporte une triste nouvelle : des charognards sont groupés à l’endroit où nous avions laissé notre jeune guanaco.

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Une réflexion au sujet de « Terre de feu – à la recherche des pingouins de magellan »

  1. Les pingouins dont nous parlons sont en réalité des manchots … mais en espagnol, on les appelle « pingüinos », d’où la confusion !!
    Les pingouins sont des animaux qui volent (et pas les manchots – leurs ailes leur permettent seulement de nager). Ils vivent dans l’hémisphère nord, tandis que les manchots vivent dans l’hémisphère sud.

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