Quand la terre tremble

4 au 9 avril – De San Pedro de Atacama (Chili) à Nasca (Pérou) : 2000 km de désert.

Un tremblement de terre (8,2 sur l’échelle de Richter) frappe Iquique, Arica et le sud du Pérou : en plein notre destination pour remonter vers le nord. Nous apprenons la nouvelle à San Antonio de Los Cobres, une petite ville andine perchée vers 4000 mètres d’altitude. Que faire ? Poursuivre ? Passer par la Bolivie ? Attendre ? Difficile de prendre une décision éclairée ; la télévision argentine ne nous donne que peu d’informations sur la situation au Chili. Nous continuons notre route en attendant d’en savoir plus. Après le Paso Sico, à San Pedro de Atacama, nous sentons bien la terre bouger (une réplique) mais apprenons que l’alerte tsunami a été levée, que les routes sont ré-ouvertes, les stations service réapprovisionnées et l’eau potable à nouveau disponible à Iquique et à Arica. Nous décidons donc de continuer.

Ce sont d’abord les kilomètres qui s’enchaînent dans le désert d’Atacama. Bandeau d’asphalte sur terre aride et lignes à haute tension. Sentirions-nous la terre trembler dans ce désert sur nos motos ? Le paysage désertique et le système fermé route-regard-équilibre-moto nous en font douter. Il nous faudrait un point de repère extérieur pour nous rendre compte que la terre bouge.

En traversant ce désert il y a quelques mois, nous avions déjà eu le sentiment de son indifférence à l’homme. Avec le tremblement de terre, cette impression est renforcée : décidément, l’homme n’a pas sa place ici. Il s’agit d’une géologie qui vous prend comme à la gorge et d’une autre dimension, qui nous dépasse tellement. Sur la route Panamericana, nous campons derrière le poste des policiers, dans un village qui a particulièrement souffert : de nombreuses maisons sont effondrées.

Nous atteignons la côte  : c’est la fin des lignes droites. Des virages sans nombre s’enchaînent au bord de l’océan. Si tout est théoriquement rentré dans l’ordre, lorsque la route est à hauteur de mer, le regard cherche quand même des hauteurs qui pourraient nous sauver en cas de tsunami. Malgré cette tension, nous avons bien fait de ne pas changer nos plans : nous rencontrons sur la route deux argentins qui descendent de Bolivie. Ils ont dû rebrousser chemin en raison des bloqueos qui paralysent les principales routes du pays et se résignent à passer par la côte.

Iquique porte des traces du tremblement de terre : la ville est entourée d’une immense dune contre laquelle a été construite une unique route d’accès. Deux voies sur  quatre sont fermées car elles sont pour partie effondrées. Dans les quartiers du centre, des barres d’immeubles sont intactes tandis que dans les quartiers plus pauvres des habitants déblaient les débris. Plus nous montons sur la dune plus nous voyons de tentes : certaines personnes sont restées en hauteur malgré la fin de l’alerte tsunami. Des militaires gardent les stations services. Sur la route, des éboulements sont en cours de déblaiement.

Quelques centaines de kilomètres plus au nord, à Arica, nous retrouvons notre ami Roberto. Il nous raconte les évènements sans perdre le sens de l’humour : avec un bon tsunami, la Bolivie aurait enfin l’accès à la mer qu’elle réclame aux chiliens depuis si longtemps …

Côté péruvien, les milliers de courbes nous emmènent dans des gorges où des bambous, des rizières et des vignes se serrent les uns contre les autres, occupant le moindre espace irrigué. Peu à peu, nous devenons champions du doublage de camion sur route en lacets. Toutes ces courbes accrochées aux parois des falaises, qui rentrent dans les terres, retournent sur l’océan, suivent une côte déchiquetée, constituent une des routes les plus belles que nous ayons empruntées : à moto, c’est jouissif. Peu à peu, l’ambiance se détend, et nous profitons de pauses en compagnie des pélicans et de bains aux thermes proches de Tacna.

Contre toute attente, nous terminons une bonne partie de la route péruvienne dans un brouillard à couper au couteau. La brume s’étend sur le désert et le brouillard enveloppe des sommets que nous franchissons opiniâtrement les uns après les autres.

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