De Pisco à Chavín de Huántar

11 au 16 avril – De la côte, nous remontons dans les Andes. En une journée, nous passons du niveau de la mer à 5000 mètres d’altitude : nous modifions une fois encore la carburation des motos – c’est maintenant presque de la routine et cela nous permet à nous aussi de souffler à mi-pente. Nous restons ensuite dans la chaîne des montagnes que nous parcourons du sud au nord.

2014-04-12 033De petites routes (parfois même minuscules) qui sentent bon l’eucalyptus nous emmènent de vallées en vallées par Ayacucho, Huancavelica, La Union et Huánuco. Nous franchissons des cols, suivons des rivières, longeons des vallées jusqu’à trouver le flanc de montagne qui permet de passer de l’autre côté – pour re-longer la même vallée sur l’autre versant de la montagne. Toutes ces montagnes abritent quantité de petits villages. En dessous de 4000 mètres ils s’enchainent les uns aux autres, abritant des aires de pâture et des champs.

2014-04-16 057En pleine période électorale, le nom des candidats ainsi que leur marque s’étalent sur les maisons : maïs, patate, drapeau, pelle, lama, goutte d’eau, arbre… Chaque peinture est faite à la main et nous croisons pas mal d’équipes de peintres en pleine campagne d’affichage géante. Les affiches de lutte contre l’analphabétisme que nous voyons dans les villages expliquent le besoin de ces logos simples et assez cocasses :  il y a un petit quelque chose de memory géant dans leur design. A côté de leurs maisons, les habitants sont souvent assis face à la montagne, devisant ou filant. De loin en loin, nous apercevons des bergers. Au-dessus de 4000 mètres le paysage change : il n’y a plus d’arbres et seuls quelques abris de bergers se dessinent sur les reliefs.

Sur ces pistes qui méritent presque toutes le qualificatif de “route de la mort” en raison du dénivelé, de l’étroitesse des voies et des précipices voisins, il faut être attentif aux voitures, camionnettes, camions, bus, moto-taxis, piétons, motos (le conducteur, avec femme, enfants et paquets), piétons avec ânes chargés, piétons avec attelage de bœuf, piétons avec enfants, vieilles personnes, ânes, chevaux, cochon rose, cochon noir, cochon à tâches, cochon à pois, vaches, chèvres, moutons tondus, moutons non tondus, chiens qui dorment, chiens qui aboient, chiens qui courent derrière la moto, cadavres de chiens, enfants qui jouent au ballon (leur endroit préféré, c’est le milieu de la route), poules, dindons, canards, troncs d’arbre, dos d’ânes, et – au-dessus de 4000 mètres, lamas et alpagas. Le regard est aussi attiré par d’autres curiosités : zones archéologiques et pont de l’époque coloniale par exemple.

Comme c’est la fin de la saison des pluies, nous suivons des chemins et des routes de plus en plus atrophiées, mangés en haut et en bas, fissurés, creusés, craquelés, avec des trous et des pierres, des éboulements, des glissements de terrain, au dessus, en dessous, en cours (avec un bulldozer qui racle ce qui tombe presque entre chaque voiture), et des zones “géologiquement instables”.  L’eau sur la route crée des piscines géantes de boue – ça glissouille, ça colle, ça mouille, les motos fument l’eau qui s’évapore… Nous tenons parfois à peine debout à pied… C’est sportif, mais nous sentons que nous commençons à vraiment bien maîtriser nos machines. Et puis c’est à ce prix que se forment ces montagnes si belles : l’érosion crée de superbes reliefs.

Entre Ayacucho et Huancavelica

Avant Huancalevica, nous crevons pour la première fois depuis le début du voyage.

Crevés !

2014-04-13 009En chemin, nous profitons de l’hospitalité des quechuas. A Uchupampa par exemple, un pasteur évangéliste nous accueille pour la nuit : il nous ouvre le rez-de-chaussée de sa maison, qui n’est autre que la chapelle (le moto-taxi appartient à son fils). Des banquettes de bois avec coussins au crochet sont disposés en U. Une table sur laquelle est posée l’évangile en quechua, quelques instruments de musique et un bouquet de fleurs forment tout l’ameublement. Quelques peaux de moutons pour rendre le sol de terre battue plus confortable, des fruits dont nous ne connaissons pas le nom, un épis de mais et un fromage maison : voilà ce que nous apportent les habitants du village, qui défilent pour nous saluer. Les enfants sont curieux : nous passons une partie de la soirée à répondre à leurs questions : comment est la France, quels sont les climats, quels animaux y rencontre-t-on, quel est notre métier, qu’est-ce qu’on y apprend à l’école … ils nous demandent de les prendre en photo.

2014-04-16 032Dans ces villages andins, nous nous sommes toujours sentis les bienvenus. C’est souvent la même chose : face aux montagnes dans le soleil couchant, des grappes de villageois nous regardent monter la tente tandis que leurs enfants s’approchent et rigolent. Un peu plus tard, quelques adultes se rapprochent pour visiter notre maison : “non, nous n’avons pas froid”, “oui, nous avons de l’eau et de quoi la chauffer”. Partageant une bière avec quelques habitants sur le coin d’une table, on nous redit aussi que les campagnes sont peu sûres. Nous ne comprenons pas trop pourquoi. Nous savons que la région était le centre des actions du groupe révolutionnaire d’extrême gauche appelé “sentier lumineux”, responsable de 70 000 morts dans les années 1970 à 1990 et reconverti aujourd’hui dans le trafic de drogue : il y a sans doute un lien. Pour autant, nous, nous nous y sentons bien.

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