L’art moche, c’est beau

2014-04-21 026A Cusco, nous avions découvert avec admiration les céramiques moche (ou mochica). Nous visitons à Trujillo un temple moche, puis à Lambayaque les tombes des seigneurs de Sipán.

Le temple a la forme d’une pyramide. A chaque nouveau gouvernement, les peintures ou bas-reliefs intérieurs du temple, qui représentent le dieu principal moche (Ai-Apaec) sont recouverts d’enduit et peints en blanc puis l’étage du temple est fermé. Un nouveau temple est alors construit au dessus, qui reprend les mêmes structures et motifs décoratifs. On peut ainsi apprécier l’évolution des différentes manières de faire des constructions anti-sismiques en adobe entre l’an 100 et l’an 700. On voit aussi les marques que faisaient les ouvriers ou les donateurs sur les briques. Ai-Apaec est représenté comme un dieu aux crocs de félin et avec des serpents autour de la tête. Il porte parfois un couteau de cérémonie et la tête d’une personne décapitée. Il cohabite avec différents autres dieux aux formes d’araignée, de cerf ou de crapaud.

Régulièrement, des hommes étaient tirés au sort dans le village. Ils combattaient deux par deux. Après un rituel de purification, les perdants étaient sacrifiés : décapités. Le sang récolté ainsi était ensuite apporté en grande pompe à l’entrée du temple. Devant la foule, le prêtre versait ce sang par terre, une manière sans doute de demander à Ai-Apaec fertilité et temps clément pour les saisons à venir.

Malgré tous ces sacrifices, des catastrophes climatiques ont mené à sa perte cette civilisation. D’une part, le phénomène de el niño crée un grand désordre tous les 10-15 ans environ : des pluies torrentielles s’abattent dans la région pendant plusieurs mois.  Or, les prêtres ne sont pas capables d’empêcher ces pluies. D’autre part, des analyses du sol et des glaciers mettent en évidence une période de sécheresse de 35 ans antécédente au déclin des mochicas. Dans les civilisions voisines ultérieures, considérées comme des civilisations filles, Ai-Apaec n’est plus au centre des représentations. Chez les chimús par exemple, c’est la lune qui devient le principal dieu.

Des modifications d’organisation sociale, avec un pouvoir plus ou moins grand accordé aux prêtres, se laissent voir dans les pièces retrouvées dans les tombes des seigneurs de Sipán (un grand père et son petit-fils) et leur agencement. Dans les deux cas, des céramiques, des colliers, des masques, des couronnes, des ceintures, des boucles d’oreille, des armes, des coquillages, des étendards et des parures de toutes sortes ont été retrouvées. Les moches pensaient que la personne décédée continuait à mener la même vie et à exercer les mêmes fonctions après la mort. Il fallait donc l’enterrer avec tout ce dont elle aurait besoin pour continuer sa “vie”. Dans les tombes de ces seigneurs, femmes, enfants, lamas, chiens, guerriers et gardiens ont été également retrouvés : quand leur seigneurs mourrait, ils mourraient avec lui. Dans la tombe du grand-père, les décorations des pièces retrouvées montrent qu’il incarne le pouvoir temporel, mais aussi le pouvoir des dieux. Par contre, les deux pouvoirs sont séparés pour le petit-fils : la tombe d’un grand-prêtre est retrouvée à côté de celle du seigneur, et les décorations du roi n’incluent plus les représentations des dieux.

A Ferreñafe, nous plantons la tente dans le jardin du musée et dormons près du trésor retrouvé dans les tombes des seigneurs de Sicán. Il faudra que nous revenions : les archéologues trouvent en ce moment des trésors dans toute cette région, dont une infime partie seulement a été mise au jour et exposée.

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