Le voyage de Gregohiro

8 au 15 juin – Il roule et se demande ce qu’il va bien pouvoir raconter aux ours qu’il croisera en chemin.

Petites routes entre Kurobe, Nagano, Aizuwakamatsu, Yamagata et Matsushima

 

Va-t-il leur parler des chemins de traverse qu’il a trouvé dans les montagnes, de ces chemins qui partent du bleu de la mer pour se perdre dans le brouillard des sommets proches de Nagano ? Des pistes qui longent les rizières puis s’enfoncent dans des bois de cyprès et de cèdres ?

Il suit la route empruntée il y a quatre siècles par Basho Matsuo jusqu’à la baie de Matsushima … va-t-il leur réciter des haïkus ?

DSC00461Il pourrait leur raconter les bivouacs parfois sous la pluie, la surprise de découvrir des dizaines de biches et de cerfs à 20 mètres de la tente, un sommet enneigé qui se dégage du brouillard au coucher du soleil, les grues qui s’envolent.

A moins que la description de la rider house de Aizuwakamatsu les intéresse un peu plus ? Il avait appelé pour réserver en trois mots : “bikou” “ftatsou” et “franceu”. La réponse : “okay”. Il arrive alors à la nuit tombée dans cette maison pour motards : un restaurant excentré d’une petite ville. Le propriétaire l’accueille en lui montrant la douche et lui offre des sushis et de la bière. Il a péché le poisson l’après-midi même : “totemo oishi desu !”. Le temps de décharger la moto et des compagnons arrivent, venus eux aussi se protéger de la pluie. Souichirou est étudiant à Tokyo ; Naoki à Osaka. Partis tous les deux pendant un an environ pour découvrir leur pays, ils se sont rencontrés la veille et vont parcourir ensemble un bout de chemin. La soirée passe vite dans les rires et les échanges musicaux : pop japonaise contre grands classiques français, jazz… Tout le monde finit par poser son matelas à l’étage entre les tables : le restaurant ne fonctionne que le midi, et le soir les motards peuvent poser leur tatamis. Petit déjeuner maison : riz et haricots gluants, saumon, soupe de miso. Que c’est bon !

Tout en évitant une chenille qui pend au milieu de la route au bout de son fil de soie invisible, Gregohiro repense aux trois jours passés avec Naoki et Souichirou. Ils sont allés dans des magasins de motos et des temples dont la complexité symbolique est enfin un peu expliquée, vers les sommets embrumés de volcans et dans des onsens aux eaux réconfortantes, des restaurants de nouilles … Le tout parfois sous la pluie mais dans une bonne humeur constante. Les phrases en japonais s’enchaînent, les questions se succèdent, on cherche un mot… et finalement un « okay » scelle le tout.

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