Sur la route de la soie

Tash Rabat 617 septembre – Enfin nos premiers pas sur la route de la soie : depuis Naryn, nous partons pour le caravansérail de Tash Rabat, situé à la frontière de la Chine, près du col de Torugart.

Après un grand plateau désertique et battu par les vents, nous entrons dans une vallée où habitent de grands mouflons et des loups (nous y croisons surtout des yaks). Abrités du vent, nous avons un peu plus chaud. Des rochers et des falaises rompent enfin la monotonie  du paysage. La vallée se resserre de plus en plus autour d’une rivière.

Depuis le IXème siècle, les voyageurs qui passent par ici trouvent un abri. Des missionnaires chrétiens en route depuis la Perse vers la Chine ont d’abord construit un refuge : un monastère nestorien. Nous imaginons les missionnaires – transis de froid à ces quelques 3500 mètres d’altitude – discuter ici de la manière de diffuser leur message. Leur courage a été récompensé : cette secte chrétienne a été tellement influente en Asie centrale qu’au XIII siècle, plusieurs princesses de la famille de Gengis Khan étaient nestoriennes.

Tash Rabat 7Plus tard, au XV siècle, les marchands et les diplomates utilisèrent les 30 chambres réparties autour du grand hall pour se reposer et échanger marchandises et idées. Le bâtiment est quasiment entièrement enterré dans le sol : une bonne manière de rester au chaud. Nous visitons avec une famille kirghize venue faire un peu de tourisme ; ils habitent à 100 km environ.

A la grande époque du commerce sur la route de la soie, le voyageur qui arrivait ici avait beaucoup de chance. Il avait survécu au col de Torugart ou à la traversée des montagnes du Tian Shan. Il avait échappé aux orages, aux tempêtes de neige qui ne sont pas rares même en été et au soleil qui brûle. Il avait évité les bandits des montagnes, dont la figure hante encore l’imaginaire collectif : certains locaux (des plaines) nous ont encore mis en garde contre les brigands des montagnes. Tout cela a rappelé à Cathy des passages de Harold en Italie de Berlioz : pèlerins, orgies de brigands et musicien sur les routes.

Nous vivons cette aventure de la route de la soie à notre échelle. Repartis vers Naryn par la vallée de Chatir Tash, entre deux chaînes de montagnes à Tash Rabat 12plus de 5000 mètres, nous suivons d’abord le long défilé des camions chinois sur la route en travaux. En côte, cela ne va pas beaucoup plus vite que des chameaux. La frontière chinoise, à 3752 mètres d’altitude, a toujours la réputation d’être très difficile à traverser, plus souvent fermée qu’ouverte. Nous n’avons pas de visa chinois et bifurquons sur un chemin qui longe la frontière : les kilomètres de triple rangée de barbelés qui bordent le désert d’altitude dans lequel nous avançons, interrompus de temps à autre par un mirador, rappellent les relations difficiles qu’avaient la Chine et l’URSS durant les 20 dernières années de la période soviétique.

Tash Rabat 14Sans Yak ni chameau pour nous tenir chaud, nous passons la nuit sous notre tente –recouverte de givre au réveil. Manque de chance : avec le froid, les montagnes ont disparu pendant la nuit. La piste qui longeait les barbelés, elle, s’est perdue dans le lit d’une rivière. Nous avançons très lentement sur les galets et au bout d’une dizaine de kilomètres, nous hésitons à faire demi-tour : il reste environ 200 km jusqu’à Naryn et nous ne sommes pas certains de retrouver la piste. Vraiment hésitants, nous nous donnons encore 500 mètres avant de rebrousser chemin… et retrouvons presque immédiatement la piste en dehors du lit de rivière, le long des montagnes.

Tash Rabat 17Nous passons le reste de la journée dans une ambiance surnaturelle. Tout est cotonneux, tout est brumeux, venteux, nuageux autour de nous, mais un faible rayon de soleil s’entête à nous suivre. L’éclaircie nous accompagne et la brume se fend devant et au dessus de nous pour se refermer une fois que nous sommes passés. Des tornades de poussière, de la pluie et de la neige nous tournent autour et nous frôlent sans nous toucher. Les chevaux rentrent l’encolure et hennissent.

Au check point où nous montrons pour la dernière fois les autorisations nécessaires pour passer près de la frontière chinoise, la tempête est si proche que nous nous équipons pour la neige. Le garde insiste tellement pour que nous sortions nos violons et nous avons tellement de mal à lui expliquer qu’il fait trop froid pour jouer… que la tempête s’est éloignée quand nous repartons. Nous arrivons à Naryn sous le soleil.

Une réflexion au sujet de « Sur la route de la soie »

  1. « L’éclaircie nous accompagne et la brume se fend devant et au dessus de nous pour se refermer une fois que nous sommes passés. Des tornades de poussière, de la pluie et de la neige nous tournent autour et nous frôlent sans nous toucher. Les chevaux rentrent l’encolure et hennissent. » Quelle poesie ! Cela m’a rappele le roi des aulnes de Goethe ! Wer reitet so schnell durch Nacht und Wind, es ist der Vater mit seinem Kind !
    C’est toujours un grand plaisir de lire les articles et de visionner les photos toujours impressionnantes. Ma preferee : le camion charge de foin et soulevant un nuage de poussiere dans la steppe avec, en toile de fond, un somptueux paysage de montagnes enneigees ! Bonne continuation et n’oubliez pas de manger des grenades en Ouzbekistan : c’est le pays et c’est encore la saison ! En plus, trainer sur les bazars aux fruits echt legumes est toujours un plaisir des yeux, de l’odorat et du gout ! Il n’est pas possible de ne pas avoir l’eau a la bouche…. Gerald

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